La Lettre – n°110 – avril 2014

Nouveau ministre

Intervention du nouveau ministre de l’Education à l’antenne de France Info : « je déments que la priorité qui sera donnée à l’éducation soit remise en cause ». Il a tenu à insister sur le caractère indispensable de la création des 60 000 postes promis dans l’éducation par le gouvernement.
Pas d’autre brève sur le sujet … la lettre ne peut avoir la réactivité nécessaire pour annoncer, démentir, confirmer en temps réel !

La vie des écoles

Le 23 mai prochain, des élèves de primaire participeront à un Congrès scientifique des enfants, organisé par la Cité de l’Espace, avec l’université de Toulouse et l’Inspection académique.
Le thème pour cette 5ème édition est « Vivre dans l’Espace ». Les sujets sur lesquels les enfants ont travaillé sont variés : la vie quotidienne dans la station ISS, la perte des repères visuels et auditifs dans l’espace, la combinaison des astronautes…. Les élèves sont aidés par des doctorants de l’Université de Toulouse qui se rendent dans les écoles pour les accompagner dans leur recherche d’informations et dans la construction de leur intervention orale. « L’objectif est bien sûr de développer les connaissances scientifiques des enfants, mais ce n’est pas le plus important. Le but est d’abord de les aider à acquérir une méthodologie sur la présentation orale : savoir s’exprimer en public, organiser des conte-nus, rechercher l’information… »

Un peu de réflexion…
l’école française n’encouragerait pas les jeunes.

En « critiquant sans cesse l’école, nous finissons par ébranler l’enthousiasme des enfants/adolescents et perdre de vue que le savoir, c’est une liberté ». C’est ce que dit dans son ouvrage « Grandir en temps de crise » Philippe Jeammet, psychanalyste et professeur émérite de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, « l’école française ne favorise pas l’enthousiasme des jeunes» écrit-il. Elitiste, réservée aux plus forts ou avare en compliments, elle est perçue comme une contrainte et non plus comme une chance. L’auteur propose de rappeler son potentiel d’émerveillement pour que celle-ci ne soit plus une obligation mais une liberté. Pour cela, il faudrait revisiter des « notions comme le goût de l’effort ou la capacité à différer le plaisir ».
Malgré les difficultés, les parents doivent enseigner l’espoir en l’avenir. A l’image de l’adolescent qui grandit, « la crise nous indique que nous arrivons à un moment où les choses doivent changer. Au lieu de prendre peur, de nous agripper pour pouvoir préserver ce qui a été, il faut accepter le changement, qui va du côté de la vie, car la vie n’est pas statique : c’est un mouvement perpétuel ».

Une étude de Terra Nova

Un texte émanant du think tank Terra nova recommande la fusion des corps de professeurs des écoles et de certifiés et la création d’une « école commune » regroupant école primaire et collège. Une formule qui rappelle « l’école du socle » que les auteurs soutiennent avec une argumentation vigoureuse au nom de la démocratisation du système éducatif.
Qu’en penser ?

Apprendre à lire ?

La proportion d’élèves en difficulté dans le domaine de l’écrit a augmenté significativement au cours de la décennie en France. Bruno Suchaut, Alice Bougnères (IREDU) et Adrien Bouguen (IPP), posent la question du temps scolaire réellement utilisé par l’élève. données tirées d’une expérimentation de stage d’été, ils montrent que le temps réel consacré à l’apprentissage des automatismes nécessaires à la lecture atteint tout juste une vingtaine d’heures annuelles en grande section de maternelle, soit 7 minutes par jour. Un temps tout à fait insuffisant pour une partie des élèves. Il invite à relever le défi de l’échec scolaire précoce en optimisant le temps d’apprentissage des jeunes élèves.

SMS et orthographe

Une étude réalisée par Josie Bernicot , professeure à l’université de Poitiers, pour le Centre Henri Aigueperse, sur un échantillon de jeunes collégiens, apporte des réponses rassurantes. Il n’y a pas de corrélation entre l’utilisation du langage SMS et une baisse de niveau en orthographe.

Jules Ferry et nous …

Quand les parents et la société ne soutiennent plus l’autorité des maîtres et que les savoirs sont sur internet, invoquer un retour à l’école de Jules Ferry « est, pour Mona Ozouf, une « chimère anachronique ».
(Mona Ozouf est une des grandes spécialistes en France de Jules Ferry, sinon LA spécialiste, extraits de sa conférence à la Sorbonne le 29 mars ). L’historienne a ironisé sur ceux qui convoquent à tout bout de champ Jules Ferry dès qu’on parle des problèmes de l’école, Elle égrène quelques unes des raisons qui, selon elle, nous distancient irrémédiablement du modèle Ferry. Primo, il avait légiféré pour une France en grande majorité rurale qui a quasiment disparu aujourd’hui. Ensuite, il était dans une société dont toutes les composantes – famille, école, église – soutenaient conjointement des normes autoritaires. Par ailleurs, Jules Ferry avait conçu son école en songeant au bien commun, avec un souci du collectif qui est très éloigné des « consommateurs d’école » d’aujourd’hui, qui en attendent tous un bénéfice personnel et particulier. Mais, surtout, l’école de Ferry était « la principale, sinon l’unique institutrice de la nation ». (La révolution numérique met à disposition tous les savoirs immédiatement et sans contrainte puisqu’il n’y a pas l’obligation de retenir.). Voilà qui « déboulonne » la figure du maître et du professeur.
Cela conduit à se demander si entre ce type d’acquisition des savoirs et celui de l’école républicaine, il n’y a pas une incompatibilité radicale « . « Mona Ozouf rappelle enfin ce fait aujourd’hui largement méconnu, à savoir que, de son temps, Ferry fut détesté. « , On l’accusait notamment, d’avoir chassé Dieu des écoles, et on soupçonnait son école, dans les années 1880, d’être le moyen mis en oeuvre par la bourgeoisie pour renforcer la domination des nantis. On parlait même de « dressage des individus » et de « génocide culturel » en raison de la vision nationale qui était la sienne.

Enseigner l’Egalité hommes/femmes

A l’occasion de la Journée de la Femme (8 mars), la région Ile-de-France a lancé un programme de sensibilisation sur l’égalité des genres et les droits des femmes baptisé « féministes d’hier, combats d’aujourd’hui ». Des affiches représentant cinq pionnières du féminisme du XIXème siècle ont été mises en place dans les couloirs des lycées franciliens, soulignant des problématiques actuelles (écarts de salaire fermetures de centres d’IVG, stéréotypes de genre…).
Pour illustrer cela 5 femmes ont été choisies : Hubertine Auclert (militante pour les droits poli-tiques des femmes), Madeleine Pelletier (médecin internée pour avoir pratiqué de nombreux avortements illégaux), Julie-Victoire Daubié (première femme à passer et obtenir le baccalauréat), Marguerite Thibert (docteure ès-lettres, professeure d’université et experte du travail des femmes) et Nelly Roussel (militante féministe et anarchiste, revendiquant le droit des femmes à disposer de leur corps). Le message de l’opération : « Rien n’a été donné, rien n’est gagné. Du féminisme, mais les droits acquis peuvent toujours être remis en question. La vigilance s’impose donc.

 

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