La Lettre – n°112 – juin 2014

De plus en plus d’enfants à scolariser

En 2014, 63 000 nouveaux élèves entreront dans les écoles et établissements. A la rentrée 2015, ce sera 53 000 jeunes supplémentaires. La vague 2000 va atteindre le collège et dépasser les effets positifs de la baisse du redoublement. Un nombre de postes important devra être consacré aux ouvertures de classe aux dépens des réformes en cours.

En primaire, 35 600 élèves supplémentaires à la rentrée 2014 et 23 400 en 2015. En maternelle la  hausse devrait être légère (+ 3000) en 2014, en  raison de l’arrivée des moins de trois ans ; en 2015 l’école maternelle atteindra la stabilité de ses effectifs. L’école élémentaire aura donc 32 200 élèves supplémentaires en 2014 et 22 600 en 2015.

La croissance démographique perturbe les prévisions de postes ministérielles. Au primaire ce sont au moins 1600 postes qui seront absorbés par les seules ouvertures de classe à la rentrée 2014 et 1800 en 2015. Du coup la mise en place des maîtres supplémentaires (plus de maîtres que de classes) sera retardée.

Encore un rapport OCDE

La France consacre nettement plus de temps à enseigner les fondamentaux à l’école et au collège que les autres pays de l’OCDE.  (Beaucoup moins aux arts et à l’expression).

L’école française ne favorise pas l’enthousiasme des jeunes

C’est la thèse de Philippe Jeammet dans un livre publié aux Éditions Bayard. Grandir en temps de crise.

Elle est élitiste et sélective,  « réservée aux plus forts ou avare en compliments, l’école est  perçue comme une contrainte et non plus comme une chance ». L’auteur propose de rappeler son potentiel d’émerveillement pour que celle-ci ne soit plus une obligation mais une liberté. Pour cela, il faudrait revisiter des « notions comme le goût de l’effort ou la capacité à différer le plaisir« , explique-t-il. Pointant ainsi du doigt la notion de pessimisme, d’anxiété et d’inquiétude concernant l’avenir, le professeur affirme qu’en « critiquant sans cesse l’école, nous finissions par ébranler l’enthousiasme des enfants/adolescents et perdre de vue que le savoir, c’est une liberté ».

Le plan autisme

Une instruction ministérielle poursuit la mise en oeuvre du 3ème plan autisme (2013-2017) dans l’éducation.

Elle précise notamment les principes de fonctionnement des 30 uni­tés d’enseignement (UE) qui ouvri­ront en mater­nelle dès la ren­trée 2014, avec la créa­tion de 30 postes d’enseignants spécialisés :

« L’UE accueille 7 enfants de 3 à 6 ans, avec autisme ou autres troubles envahissants du développement (TED) ; les enfants sont présents à l’école sur le même temps que les autres élèves de leur classe d’âge, pour les temps consacrés aux apprentissages et à l’accompagnement médico-social.

Les interventions pédagogiques, éducatives et thérapeutiques se réfèrent aux recommandations de la HAS et de l’ANESM ; elles sont réalisées par une équipe associant enseignant et professionnels médico-sociaux.

Cet été, je vais à l’école !

L’appel à pro­jet pour l’opération interministérielle « école ouverte » a été publié dans le bulletin officiel du  27 mars. Il s’agit d’accueillir dans les collèges et lycées, pendant les vacances scolaires, des enfants et des jeunes qui ne partent pas en vacances.

Elle pro­pose durant cette période un pro­gramme d’activités éduca­tives dans les domaines scolaire, culturel, sportif et des loisirs. Cette opération développée dans les zones rurales et urbaines défavorisées, s’adresse ainsi aux établis­se­ments des réseaux de l’éducation prioritaire.

Son objec­tif est de favoriser l’intégration sociale et scolaire des élèves et de contribuer à l’égalité des chances.

Qui sont les élèves  « en situation de grande difficulté » ?

Ceux de l’enseignement adapté ? Ceux qui rencontrent une difficulté durable et sont en échec ? Des élèves porteurs de certains handicaps ? Des situations particulières comme les élèves allophones ou les gens du voyage ?  Les fameux 10% qui ne maîtrisent pas les acquis de base en fin de scolarité obligatoire ?

La relativité de la notion pose problème : il faut définir quelques indicateurs stables référés aux évaluations nationales et internationales permettant de suivre la population scolaire la plus en difficulté et de mieux cerner les composantes de ces situations.

Les outils existent déjà, comme l’enquête PISA, mais aussi la journée de défense et citoyenneté. Celle de 2012 révèle que sur 750.000 jeunes, 10% ont de très faibles capacités en lecture. La maîtrise de la langue semble donc être un bon indicateur, mesurée en fin de scolarité obligatoire (vers 15-16 ans).

Il n’y a pas un « élève-type », un profil de l’élève en grande difficulté. Il faut s’insurger contre l’idée, trop répandue, que certains enfants seraient prédestinés à la grande difficulté Ils n’ont en commun que l’échec d’une étape de leur parcours.

La grande difficulté ne doit pas être, pour les élèves, une étiquette qui stigmatise alors que sa détection doit avant tout permettre d’apporter des réponses à une situation. Cette vigilance doit aussi s’exercer pour éviter tout déterminisme et toute généralisation abusive.

Un tour en Angleterre

– Mesurer des performances en maternelle ?

Pour le gouvernement britannique  il s’agit d’améliorer le niveau scolaire des enfants. Les tests permettront de mesurer les progrès réalisés à l’école. Ces tests seront publiés et les parents pourront choisir leur école en toutes connaissances de cause. Pour le gouvernement cela devrait aider les écoles faibles à redresser la barre. Mais la mesure est déjà critiquée. On dénonce la scolarisation de l’école maternelle où la compétition entrerait ainsi dès le plus jeune âge.

– Et financer l’enseignement privé

Il y a un libre choix des établissements par les parents, qui ont accès à des informations sur les performances. Ensuite, les financements publics dépendent du nombre d’élèves, donc de l’attractivité des établissements : on les a rendus ainsi concurrentiels.

L’idée d’un financement « à la performance » commencerait  à émerger en France,: en Allemagne, on a inventé les initiatives d’excellence depuis plusieurs années.

Et au Nigeria ?

Plus de 200 lycéennes nigérianes ont été enlevées le 14 avril dernier. Cet acte a été revendiqué le 5 mai par le groupe islamiste «Boko Haram», dont le nom signifie « l’éducation occidentale est un péché » en langue Haoussa.

L’Education fait peur aux fanatiques, car elle est porteuse d’émancipation, de futurs différents, de liberté. L’Education est un droit et nul ne devrait pouvoir l’annihiler.

Un permis Internet (suite)

Rappelez-vous qu’il s’agit d’une opération conjointe de la gendarmerie nationale et d’Axa destinée à terme à tous les élèves de CM2.

Ce « permis » pose toutefois des problèmes.

D’abord celui de la neutralité commerciale : Axa Assurances a communiqué abondamment sur ce permis sans cacher qu’elle  vend des assurances pour protéger les familles des dangers d’Internet . Le Permis Internet serait remis à chaque enfant en présence du Maire, des gendarmes, des enseignants, des représentants d’Axa Prévention et des parents. A titre indicatif, Axa Prévention n’a pas d’agrément Éducation Nationale ce qui est pour le moins curieux pour une opération destinée à être proposée à tous les élèves de CM2 du pays.

De plus la pédagogie de la peur n’est pas efficace : demander à des gendarmes d’éduquer les élèves de CM2 en partant des risques n’est pas forcément une bonne idée… Comme le précise le psychologue Yann Leroux : “Souvenez vous que la pédagogie de la peur est totalement contre-productive. Veillez à ce que les usages du réseau puissent être discutés dans un climat détendu car c’est à cette condition que votre enfant viendra vers vous pour vous faire part des problèmes qu’il rencontre en ligne.

Parce que le Permis Internet ne protège pas.

Il demande simplement aux enfants de promettre de ne pas parler à des inconnus en ligne. Apprendre à repérer et à bloquer quelqu’un, y compris connu, qui les importune serait bien plus pertinent par exemple.